Dans la Caraïbe coloniale, les Africains et Caraïbes combattaient le même ennemi : l’Européen qui
voulait les mettre en esclavage et usurper la terre. Selon la coutume Caraïbe il est indécent pour un homme d’être sans femme, les Kalinagos
offraient donc systématiquement leurs femmes aux Africains intégrés à leur
communauté. C’est ainsi que naquirent les métis Kalinagos-Africains, ceux qu’on
appela « Caraïbes noirs ». Ils se nommèrent Garifunas ce qui signifie « mangeurs de cassave ». Voici leur histoire.
L’arrivée des Africains à Saint-Vincent.
Les premiers étrangers à s’être installés
sur l’île de Saint-Vincent furent Africains. Le hasard mena beaucoup d’esclaves
en fuite ou naufragés vers les populations autochtones. À l’installation des
Anglais et Français sur Saint-Vincent au début du XVIIIè siècle, les afrodescendants
constituaient déjà la majorité de la population. D’après les documents
historiques, il était difficile de bien les distinguer des autochtones sinon
par la couleur. Les Européens décidèrent de différencier les groupes selon la
peau, c’est ainsi qu’ils décrivirent la présence sur l’île d’Africains
(esclaves en fuite récents), et ce qu’ils appelèrent des « Caraïbes
noirs », des « Caraïbes rouges » et des « Caraïbes
jaunes ».
Il est à noter que certains auteurs ont avancé l’idée qu’un tel contact a pu s’initier avant la traite transatlantique. Selon Ivan Van Sertima dans “African Presence in Early America” et Harold G. Lawrence (Kofi Wangara) dans “Mandinga Voyages Across the Atlantic”, il a pu y avoir contact entre l’Afrique de l’Ouest et la Caraïbe dès le XIVè siècle. Le Prince Abubakari du Mali lança deux expéditions maritimes en 1307 et 1312, l’une avec 200 vaisseaux, l’autre avec 2000 ; le but était d’explorer les terres à l’Ouest (Edgar Adams).[1] On n’en sait pas plus, mais l’hypothèse non validée, était que ces navires auraient pu réussir à traverser l’Atlantique et arriver sur les terres des Amérindiens.
Il est à noter que certains auteurs ont avancé l’idée qu’un tel contact a pu s’initier avant la traite transatlantique. Selon Ivan Van Sertima dans “African Presence in Early America” et Harold G. Lawrence (Kofi Wangara) dans “Mandinga Voyages Across the Atlantic”, il a pu y avoir contact entre l’Afrique de l’Ouest et la Caraïbe dès le XIVè siècle. Le Prince Abubakari du Mali lança deux expéditions maritimes en 1307 et 1312, l’une avec 200 vaisseaux, l’autre avec 2000 ; le but était d’explorer les terres à l’Ouest (Edgar Adams).[1] On n’en sait pas plus, mais l’hypothèse non validée, était que ces navires auraient pu réussir à traverser l’Atlantique et arriver sur les terres des Amérindiens.
La naissance des
Garifunas.
Les Africains arrivaient sur l’île de Saint-Vincent de trois
manières :
- Les Caraïbes avaient pour habitude d’enlever des esclaves africains lors de leurs raids sur les plantations européennes, ils les ramenaient ensuite sur Saint-Vincent. Ils prenaient les femmes comme compagnes et utilisaient les hommes comme esclaves ou parfois les libéraient et les intégraient à leur communauté.
- Certains esclaves en fuite des îles voisines prenaient la mer, ils voguaient quelques jours jusqu’à Saint-Vincent où ils étaient plus en sécurité.
- Certains navires transportant des esclaves faisaient naufrage au large de Saint-Vincent ou des îles Grenadines. Lorsque les Kalinagos trouvaient les survivants, ils les ramenaient avec eux à Saint-Vincent. En 1672 on comptait environ 600 esclaves marrons vivant avec des Caraïbes.[2] L’histoire la plus connue est celle du Palmira, navire hollandais qui échoua en 1675 sur l’île de Bequia dans les Grenadines, à cause d’un ouragan. Les survivants appartenaient à une tribu guerrière célèbre du Nigéria : la tribu Moko aujourd’hui connue sous le nom d’Ibibio. Les Caraïbes reçurent les naufragés puis les transportèrent à Saint-Vincent ; ils étaient très difficiles à maitriser.[3]
Les Africains et Caraïbes s'alliaient pour combattre les Européens qui voulait les mettre en esclavage et prendre leurs terres. Selon la coutume Caraïbe il était indécent pour un homme d’être
sans femmes, ils offraient donc systématiquement leurs femmes aux Africains
intégrés à la communauté. C’est ainsi que naquirent les métis qu’on appela « Caraïbes noirs ». Au fil du
temps les Caraïbes noirs devenaient très nombreux, ils survivaient dans les
montagnes avec le mode de vie Kalinago et parlaient la langue de leurs mères.
Ils développèrent ainsi une culture Caraïbe avec des influences africaines. Ils
se nommèrent Garifunas ce qui
signifie « mangeurs de cassave ».
Il était difficile de les distinguer des Kalinagos car ils avaient les mêmes
traditions et parlaient la même langue. Il semble qu’ils se considéraient
mutuellement comme deux groupes mais du même peuple.[4]
La percée des Français.
Avec la multiplication des Garifunas, la
population Caraïbe de Saint-Vincent se divisa en deux groupes autonomes :
Garifunas et Kalinagos, les derniers se trouvant de plus en plus retranchés sur
leurs terres. En 1730 on comptait sur l’île 6000 afrodescendants (Garifunas et
esclaves en fuite) contre 4000 Kalinagos. [5]Les communautés vivaient
dans des régions opposées sur l’ile : les Caraïbes jaunes sur la côte sous
le vent, les esclaves marrons sur la côte au vent, les Caraïbes noirs dans les
montagnes vers la côte au vent ; il y
avait des conflits parfois, mais ils s’alliaient pour protéger la terre et
harceler les Européens qui tentaient d’établir leurs colonies. Certains Caraïbes
jaunes quittèrent aussi Saint-Vincent pour rejoindre le Continent (Amérique du
Sud), ou se réfugièrent dans les montagnes de Trinidad.
Au début du XVIIIè siècle, les tensions entre
les groupes s’étaient intensifiées. Les Anglais et Français, qui à l’époque ne
pouvaient qu’établir des camps clandestins sur Saint-Vincent, décidèrent d’en
profiter. Les Français de Martinique obtinrent l’autorisation des Kalinagos en
1719 pour fonder une petite colonie sur l’île ; la population locale
restait toutefois méfiante, surtout les Garifunas qui se retranchèrent plus
profondément dans la forêt.
Les Français
installèrent des plantations un peu plus loin sur les terres et firent venir
des esclaves africains, les colons anglais et français occupèrent alors une plus
grande portion de territoire sur l’île. Les Garifunas faisaient quelques fois
affaire avec les Français pour s’approvisionner, c’est à ce moment que leur
culture commença à être influencée par la culture des Français. Ils apprirent
pour certains leur langue et des mots français se rajoutèrent au vocabulaire
des Caraïbes noirs.
Les guerres Caraïbes.
![]() |
«Pacification avec les nègres marrons.» (XVIIIè siècle).
Agostino Brunias.7
|
Vers la fin du XVIIIè siècle, les Anglais
décidèrent de revendiquer l’île de Saint-Vincent pour la couronne. En 1763, par
le Traité de Paris, la Grande-Bretagne
s’octroya la possession de Saint Vincent, et en 1769 les Anglais décidèrent de
mener une expédition pour coloniser la côte au vent de l’île. L’ensemble des Caraïbes
de l’île, dont le chef était un Garifuna connu sous le nom de Joseph Chatoyer, aidé des esclaves
marrons, défendit vigoureusement les terres et repoussa les Anglais.
Par la suite, les Caraïbes rejetèrent systématiquement toute proposition anglaise de vendre leurs terres. Frustrés et irrités de cette intransigeance, les Anglais décidèrent de mener une attaque militaire en 1772, espérant dompter les Caraïbes et les déporter afin d’éliminer tout risque de résistance. Ce fut la Première Guerre Caraïbe (1769-1773).
Ne maitrisant pas la géographie de l’île et ayant sous-estimé l’efficacité de la défense Caraïbe (des Français vendaient illégalement des armes aux Caraïbes pour contrer l’influence anglaise), ils ne purent avancer selon leur plan. Les Caraïbes forcèrent donc les Anglais à signer un traité de paix avec une population autochtone, pour la première fois aux Antilles. Celui-ci délimita les territoires entre Caraïbes et Anglais en 1773.
À peine 20 ans après, les Anglais décidèrent de ne pas
respecter le traité de paix et de s’approprier la totalité de l’île ; ils
voulaient la côte au vent car plus fertile pour cultiver la canne à sucre. Ils
commencèrent à y installer des planteurs esclavagistes écossais qui possédaient
des travailleurs d’Inde et du Portugal en servitude contractuelle. Ils
décidèrent d’une nouvelle attaque militaire contre les Caraïbes en 1795.
Les Français s’allièrent aux Garifunas, Kalinagos et Marrons pour chasser les
Anglais et bloquer leur avancée dans les terres : ce fut la Seconde Guerre Caraïbe (1795-1797). Le
chef emblématique des Garifunas et Kalinagos, Joseph Chatoyer, réussit à
chasser les Anglais de la côte au vent (côte atlantique de l’île) en brulant
toutes leurs plantations ; ils se réfugièrent sur la côte Caraïbe (côte
sous le vent). [8]
![]() |
Joseph Chatoyer, 1773.6
|
Malheureusement Chatoyer perdit un duel contre un Anglais,
le Major Alexander Leith, à sa mort
les Français trahirent l’entente et désertèrent, mais les troupes Caraïbes résistèrent
jusqu’à la défaite en 1797. Le rêve de Chatoyer d’offrir à tous les Caraïbes une
dernière terre de refuge et de résistance s’écroula avec lui. Les Anglais ne
voulurent pas prendre le risque de garder les Garifunas sur l’île, ils les
trouvaient agressifs et indomptables, de plus ils pouvaient aisément survivre
dans les montagnes et se multiplier.
La déportation.
La déportation.
Les Anglais décidèrent de séparer les
Caraïbes noirs, selon eux plus féroces, des autres Caraïbes qu’ils croyaient
plus dociles et qui étaient moins nombreux (à la fin de la Seconde Guerre
Caraïbe, il ne restait plus que quelques centaines de Kalinagos). Ils déportèrent
5000 Garifunas en 1797 vers les côtes du Honduras, sur l’ile de Roatán où seule la moitié d’entre
eux parvinrent vivants. Les autres Caraïbes dont quelques Garifunas, se
replièrent dans les montagnes du Nord de Saint-Vincent, où vivent encore aujourd’hui
quelques descendants ayant survécu à la colonisation.
Roatán étant peu fertile, les Garifunas demandèrent à l’Espagne l’autorisation de s’installer en Amérique centrale, elle fut accordée et une partie quitta Roatán pour le continent où ils furent employés par les espagnols. Ils se répandirent alors sur toute la côte Caraïbe de l’Amérique centrale. Bélize (ex. Honduras anglais) et le Honduras possèdent les plus grandes populations Garifunas.
Roatán étant peu fertile, les Garifunas demandèrent à l’Espagne l’autorisation de s’installer en Amérique centrale, elle fut accordée et une partie quitta Roatán pour le continent où ils furent employés par les espagnols. Ils se répandirent alors sur toute la côte Caraïbe de l’Amérique centrale. Bélize (ex. Honduras anglais) et le Honduras possèdent les plus grandes populations Garifunas.
La langue des Garifunas, le Garifuna,
est aujourd’hui un créole à base Arawak et Kalinago (les femmes des Caraïbes
étaient la plupart du temps enlevées aux Arawaks). Leurs pratiques spirituelles
sont un mélange syncrétique de Catholicisme,
de spiritualité Caraïbe et spiritualité Africaine ; le Dogu
danse mystique de la mort en est l’élément le plus connu, le chef spirituel de
la religion traditionnelle s’appelle le Buyei.
Les deux musiques traditionnelles garifunas les plus connues sont le Puntu (ou Punta) et le Paranga. Le plat garifuna le plus connu est l’Ereba (galette de Cassave) qu’ils mangent avec du poisson, du Hudut (purée de plantain) et le Lasusu (sauce). La société garifuna est matriarcale.
Les deux musiques traditionnelles garifunas les plus connues sont le Puntu (ou Punta) et le Paranga. Le plat garifuna le plus connu est l’Ereba (galette de Cassave) qu’ils mangent avec du poisson, du Hudut (purée de plantain) et le Lasusu (sauce). La société garifuna est matriarcale.
Sources
[1] Sweeney, James L. (2007). "Caribs, Maroons, Jacobins, Brigands, and Sugar Barons: The Last Stand of the Black Caribs on St. Vincent", African Diaspora Archaeology Network, March 2007, retrieved 26 April 2007, pp 13-14.
[1] Sweeney, James L. (2007). "Caribs, Maroons, Jacobins, Brigands, and Sugar Barons: The Last Stand of the Black Caribs on St. Vincent", African Diaspora Archaeology Network, March 2007, retrieved 26 April 2007, pp 13-14.
[2] Idem à 1.
[3] Garifuna People, Wikipedia, the
free encyclopedia.
[4]
Idem à 1, p.33.
[5]
Sweeney, James L. (2007). "Caribs, Maroons, Jacobins, Brigands, and
Sugar Barons: The Last Stand of the Black Caribs on St. Vincent", African
Diaspora Archaeology Network, March 2007, retrieved 26 April 2007, p 15.
[6] http://www.catrachosnews.com/Junio%202012/Curiosidades/Joseph%20Chatoyer.html
[7]
http://www.lennoxhonychurch.com/brunias.cfm
[8] Canouan Island Official Website
at
http://www.fodors.com/world/caribbean/st-vincent-and-the-grenadines/feature_30003.html



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